La téléconsultation aide à recruter de deux façons. Un établissement peut l'intégrer à une offre de poste, en combinant présence sur site et activité à distance pour atteindre des praticiens qui ne déménageraient pas pour un temps plein. Un médecin peut aussi être salarié d'une société de téléconsultation, à condition qu'elle soit agréée par le ministère chargé de la santé. Dans les deux cas, un exercice exclusivement en téléconsultation est interdit, rappelle l'Ordre des médecins, et la prise en charge par l'Assurance Maladie suppose de respecter le parcours de soins.
Pour les établissements confrontés à des postes vacants, c'est une variable d'ajustement rarement exploitée : non pas un substitut au recrutement, mais une composante d'une offre de poste qui élargit le vivier de candidats.
Que change la téléconsultation dans un recrutement ?
Elle rend accessibles des praticiens hors de portée, répond à une attente de souplesse et maintient une offre là où elle serait absente.
Elle rend accessibles des praticiens hors de portée
Un poste à temps plein exclusivement sur site suppose que le praticien vive à proximité ou déménage. C'est précisément le point de blocage sur les territoires peu attractifs.
Un poste combinant présence sur site et téléconsultation change le calcul. Un praticien peut assurer une présence régulière (deux jours par semaine, une semaine sur deux) et compléter à distance. Le rayon dans lequel l'établissement peut recruter s'étend, dans la limite du principe de territorialité décrit plus bas.
Elle répond à une attente de souplesse
La demande de flexibilité exprimée par les praticiens ne porte pas seulement sur le volume horaire, mais sur l'organisation. Une part d'activité à distance facilite la conciliation avec des contraintes personnelles, un exercice mixte ou une activité de recherche.
Elle maintient une offre là où elle serait absente
Pour un territoire sans spécialiste, une consultation à distance appuyée par un professionnel présent auprès du patient vaut mieux que l'absence de consultation. Ce n'est pas une solution idéale, c'est une solution disponible.
Un médecin peut-il être salarié d'une plateforme de téléconsultation ?
Oui, si la société est agréée. Selon le code de la santé publique (articles L. 4081-1 et suivants), rappelé par le rapport 2026 du Conseil national de l'Ordre des médecins sur la télémédecine, une société de téléconsultation doit obtenir un agrément délivré par le ministère chargé de la santé pour recruter des médecins et pour que les consultations réalisées par son intermédiaire soient prises en charge par l'Assurance Maladie.
Ce salariat est encadré de près. Le médecin transmet à son conseil départemental de l'Ordre le contrat qui le lie à la société. L'Ordre y vérifie notamment une rémunération fixe en rapport avec le niveau d'études et les responsabilités, une part variable seulement minoritaire et sans clause de rendement, et le respect du principe de territorialité. Surtout, les médecins salariés de ces sociétés ne peuvent en aucun cas avoir un exercice exclusif en téléconsultation. L'Ordre, qui déplore que des sociétés commerciales puissent salarier des médecins pour réaliser des téléconsultations, demande à ses conseils départementaux de recenser les médecins à l'activité exclusivement téléconsultative et de leur rappeler la nécessité d'une activité clinique.
Pour un établissement qui recrute, cela situe la concurrence : une activité de téléconsultation salariée vient en complément d'un exercice clinique, pas à sa place.
Quel cadre faut-il connaître avant de proposer de la téléconsultation ?
Le parcours de soins, la territorialité, le plafond d'activité à distance, les exigences techniques et l'articulation avec l'examen clinique. Un établissement doit les maîtriser avant d'en faire un argument de recrutement.
Le parcours de soins. La prise en charge par l'Assurance Maladie suppose que la téléconsultation s'inscrive dans le parcours de soins, avec des exceptions que liste service-public.fr : spécialistes en accès direct, patients de moins de 16 ans, urgence, absence de médecin traitant ou indisponibilité de celui-ci, personnes détenues, résidents d'Ehpad ou d'établissements pour adultes handicapés. Le suivi doit alterner consultations sur place et téléconsultations.
La territorialité. En principe, seul un médecin du même territoire que le patient peut réaliser une téléconsultation prise en charge, avec des exceptions, par exemple pour un patient qui réside dans une zone où l'offre de soins est insuffisante, ou qui a été orienté par le service d'accès aux soins faute de rendez-vous sur son territoire. C'est une limite directe pour un poste qui reposerait sur un praticien éloigné.
La part d'activité réalisable à distance. La convention médicale plafonne, sur une année civile, la part de l'activité d'un médecin conventionné réalisée à distance ; ce plafond ne vise ni les téléconsultations qu'un médecin réalise auprès des patients dont il est le médecin traitant, ni la téléexpertise, selon le rapport 2026 de l'Ordre des médecins. L'Ordre demande que la règle s'applique aussi aux médecins non conventionnés, hospitaliers ou salariés, et rappelle que l'accord national des centres de santé plafonne de même la part d'activité à distance d'un centre conventionné. Conséquence pour la construction d'un poste : un exercice intégralement à distance n'est pas envisageable.
Les conditions techniques et de confidentialité. Solution conforme aux exigences applicables aux données de santé, hébergement certifié, conditions d'échange sécurisées.
L'articulation avec l'examen clinique. Certaines situations imposent un examen physique. Le protocole du service doit préciser ce qui relève de la téléconsultation et ce qui bascule en consultation présentielle.
Comment construire un poste qui intègre la téléconsultation ?
En définissant la répartition, des créneaux dédiés, l'appui sur place, l'équipement et la formation. Proposer « de la téléconsultation » sans préciser l'organisation ne convainc personne : ce qui rend l'argument crédible, ce sont les modalités.
Définir la répartition. Combien de jours sur site, combien à distance, selon quel rythme. Un praticien évalue immédiatement la faisabilité à partir de ces éléments.
Prévoir des créneaux dédiés. Une téléconsultation intercalée entre deux consultations physiques fonctionne mal. Des plages identifiées permettent une organisation tenable.
Prévoir l'appui sur place. Pour beaucoup de situations, la présence d'un infirmier ou d'un autre professionnel auprès du patient conditionne la qualité de la consultation à distance. C'est un point d'organisation, pas de technologie.
Équiper correctement. Une solution instable ou peu ergonomique décourage rapidement, côté praticien comme côté patient.
Former. La conduite d'une consultation à distance ne s'improvise pas : conduite de l'entretien, limites de l'examen, traçabilité.
Que ne faut-il pas attendre de la téléconsultation ?
Qu'elle remplace un recrutement. Un établissement qui l'utiliserait pour éviter de pourvoir un poste vacant déplace le problème : la charge repose sur des praticiens externes, la continuité n'est pas assurée, et l'équipe sur place ne se renforce pas.
Elle ne convient pas non plus à toutes les spécialités ni à toutes les situations cliniques. Son intérêt en recrutement tient à ce qu'elle rend un poste possible pour un praticien qui, sans elle, n'aurait pas candidaté, pas à ce qu'elle supprime le besoin de praticien.
Enfin, un poste présenté comme majoritairement à distance attire peu : les praticiens qui rejoignent un établissement cherchent une équipe, un plateau technique et une pratique clinique complète.
Et pour les structures d'exercice coordonné ?
Centres de santé, maisons de santé et structures pluriprofessionnelles peuvent tirer parti de la téléconsultation : la présence d'un professionnel auprès du patient y est naturelle, et l'organisation collective facilite les créneaux dédiés.
Pour les centres de santé, l'intégration de la téléconsultation touche au projet de santé et parfois au modèle économique. Notre partenaire Opti-CDS accompagne ces structures sur l'organisation et la conformité de leur projet.
Pour le reste de la démarche de recrutement, voir notre guide complet et notre article sur les statuts.
Sources et références utiles
- Conseil national de l'Ordre des médecins, « Télémédecine : recommandations », rapport 2026 : interdiction de l'exercice exclusif en téléconsultation, plafond d'activité à distance, agrément et contrôle des sociétés de téléconsultation.
- service-public.fr, « Télésanté : télémédecine », page vérifiée le 27 juin 2026 : parcours de soins, exceptions, territorialité et prise en charge de la téléconsultation.
Questions fréquentes
- Un médecin peut-il être salarié d'une plateforme de téléconsultation ?
- Oui, si la société est agréée. Selon le code de la santé publique (articles L. 4081-1 et suivants), rappelé par le rapport 2026 de l'Ordre des médecins sur la télémédecine, une société de téléconsultation doit obtenir un agrément du ministère chargé de la santé pour recruter des médecins et pour que les consultations réalisées par son intermédiaire soient prises en charge par l'Assurance Maladie. Le médecin transmet son contrat à son conseil départemental de l'Ordre, et il ne peut pas exercer exclusivement en téléconsultation.
- Un médecin peut-il exercer uniquement en téléconsultation ?
- Non. Dans son rapport 2026 sur la télémédecine, le Conseil national de l'Ordre des médecins rappelle qu'il est interdit d'avoir une pratique médicale exclusive en téléconsultation, quels que soient le régime conventionnel, le cadre ou le statut d'exercice du médecin, y compris pour les médecins salariés des sociétés de téléconsultation. La convention médicale plafonne en outre la part d'activité réalisable à distance.
- Comment intégrer la téléconsultation à une offre de poste ?
- En précisant la répartition entre jours sur site et activité à distance, en prévoyant des créneaux dédiés et l'appui d'un professionnel auprès du patient, et en vérifiant que l'organisation respecte ce qui conditionne la prise en charge par l'Assurance Maladie : le parcours de soins, la proximité entre patient et médecin sauf exceptions, et le plafond d'activité à distance.