La médecine d'urgence cumule deux difficultés distinctes : un vivier insuffisant au regard des besoins, et une usure professionnelle qui provoque des départs de praticiens formés. Recruter y suppose de traiter les deux, car remplacer un départ sans corriger sa cause ne fait que déplacer le problème.
Ce que recouvre réellement le poste
Un poste d'urgentiste peut désigner des exercices très différents selon l'articulation entre trois composantes : la structure des urgences elle-même, la régulation médicale au sein du SAMU, et l'intervention en SMUR.
Un praticien attaché à l'intervention préhospitalière et un praticien qui souhaite se concentrer sur la prise en charge intrahospitalière ne cherchent pas le même poste. Préciser la répartition attendue, et sa souplesse éventuelle, est la première information utile d'une annonce.
Le volume de passages, la présence d'une unité d'hospitalisation de courte durée, l'existence d'un circuit court, la part de pédiatrie et de gériatrie complètent la description.
Les facteurs d'attractivité, dans l'ordre
L'organisation du temps de travail
C'est le premier critère, et de loin. Nombre de praticiens dans l'équipe, organisation des postes, application effective du repos de sécurité, prévisibilité du planning, délai de prévenance en cas de changement.
Un service qui rappelle régulièrement ses praticiens sur repos perd ceux qui le peuvent, c'est-à-dire les plus mobiles, donc les plus récemment arrivés.
L'aval
C'est le facteur le plus négligé dans les annonces et l'un des plus décisifs au quotidien. La capacité à hospitaliser un patient qui doit l'être détermine la tension du service bien plus que le nombre de passages.
Un établissement qui a travaillé son aval, avec des lits disponibles et des filières identifiées, propose un exercice sans commune mesure avec un service qui garde ses patients faute de place. Les urgentistes le savent, et ils posent la question.
La composition de l'équipe paramédicale
Effectif infirmier, présence d'infirmiers d'accueil et d'orientation, stabilité de l'équipe. Un service en sous-effectif paramédical reporte la charge sur les médecins.
Les perspectives
Possibilité d'une activité complémentaire, accès à la formation, encadrement d'internes, participation à l'organisation du service. Un poste présenté comme une succession de gardes sans horizon attire mal.
Retenir avant de recruter
Sur cette spécialité plus que sur toute autre, la fidélisation est le premier levier de recrutement. Un départ évité vaut un recrutement réussi, et coûte infiniment moins cher.
Ce qui retient, d'après les motifs de départ exprimés :
- Un effectif qui permet réellement d'appliquer la récupération.
- Un planning connu à l'avance et respecté.
- Une possibilité de réduire sa quotité sans quitter la discipline.
- Un aval qui fonctionne.
- Une équipe stable, ce qui suppose de traiter les tensions plutôt que de les laisser s'installer.
Le sujet est développé dans fidéliser ses médecins.
Pour recruter
Décrire l'organisation, pas la mission. Un urgentiste sait ce qu'est un service d'urgence. Ce qu'il ignore, c'est votre effectif, votre planning et votre aval.
Ouvrir les quotités et les combinaisons. Temps partiel, exercice partagé entre urgences et une autre activité, poste combinant structure et SMUR.
Faire parler les praticiens en poste. Sur une spécialité où la réputation circule vite, un chef de service qui décrit honnêtement son organisation, y compris ses difficultés, est plus convaincant qu'une plaquette.
Accueillir sérieusement les internes. La discipline forme des praticiens qui choisissent leur lieu d'exercice à partir de leurs stages.
Sources et références utiles
- Article R6123-1 du code de la santé publique, Légifrance : les trois modalités de l'activité de médecine d'urgence (régulation du SAMU, SMUR, structure des urgences).
- Article L6146-3 du code de la santé publique, Légifrance : plafonnement des dépenses d'intérim des établissements publics de santé.
Questions fréquentes
- Quelle formation pour exercer aux urgences ?
- L'exercice de la médecine d'urgence relève d'un diplôme d'études spécialisées propre. Des praticiens issus d'autres parcours exercent également aux urgences selon leur situation et les dispositions applicables, point qui se vérifie au cas par cas auprès de l'Ordre et du Centre national de gestion.
- Pourquoi les urgentistes quittent-ils leur poste ?
- Les motifs exprimés portent presque toujours sur l'organisation : densité du travail, difficultés d'aval, récupération insuffisante, manque de prévisibilité du planning. La rémunération apparaît rarement en tête, sauf lorsqu'elle vient compenser une charge devenue intenable.
- Le temps partiel est-il possible aux urgences ?
- Oui, et c'est un levier réel. Une part des praticiens cherche à réduire son activité aux urgences sans quitter la discipline, parfois en la combinant avec une autre activité. Un service qui refuse toute quotité réduite perd ces praticiens entièrement.