Le médecin généraliste est le premier interlocuteur du patient dans le système
de soins français. Il assure le suivi au long cours, pose les diagnostics de
première intention, traite ce qui relève de son champ et oriente vers les
spécialistes lorsque c'est nécessaire.
C'est la spécialité la plus nombreuse, et celle dont la démographie inquiète le
plus : les départs en retraite dépassent les installations dans une grande
partie du territoire.
La médecine générale est devenue une spécialité à part entière, au même titre
que la cardiologie ou la dermatologie. On y accède par un diplôme d'études
spécialisées, et non par défaut comme le voulait une idée reçue tenace.
Sa particularité tient à son périmètre. Là où un spécialiste approfondit un
organe ou une technique, le généraliste couvre l'ensemble des motifs de recours
d'une population, du nourrisson à la personne âgée. Il gère l'aigu, le
chronique, la prévention et la coordination.
Il est aussi le pivot du parcours de soins coordonné : c'est lui que le patient
déclare comme médecin traitant, et c'est ce statut qui conditionne le niveau de
remboursement des consultations suivantes.
Le cursus dure neuf ans après le baccalauréat, en trois cycles.
Le premier cycle, trois ans, commence par une première année sélective,
aujourd'hui organisée en parcours d'accès spécifique santé ou en licence avec
option accès santé. Il se conclut par un diplôme de formation générale en
sciences médicales.
Le deuxième cycle, trois ans également, alterne enseignements et stages
hospitaliers. L'externe découvre les services, participe aux gardes et se forme
au raisonnement clinique. Il se termine par les épreuves qui déterminent le
choix de la spécialité et de la ville d'internat.
Le troisième cycle est l'internat de médecine générale, trois ans, pendant
lesquels l'interne exerce sous supervision en stage hospitalier et en cabinet.
Il soutient une thèse d'exercice qui lui confère le titre de docteur en
médecine.
L'inscription au tableau de l'Ordre des médecins est obligatoire avant tout
exercice, et elle conditionne l'attribution du numéro qui identifie le
praticien.
Une journée de généraliste ne ressemble pas à l'idée qu'on s'en fait depuis
l'extérieur.
La consultation occupe l'essentiel du temps : interrogatoire, examen
clinique, diagnostic, prescription, explication. La durée varie d'un praticien
à l'autre et constitue l'un des principaux choix d'organisation d'un cabinet.
Le suivi des maladies chroniques représente une part croissante de
l'activité, avec le vieillissement de la population : diabète, hypertension,
insuffisance cardiaque, troubles respiratoires.
La prévention et le dépistage relèvent également de son champ :
vaccination, frottis, dépistages organisés, repérage des conduites à risque.
La coordination prend du temps sans être toujours reconnue comme telle :
courriers aux spécialistes, lecture des comptes rendus, échanges avec les
infirmiers, les pharmaciens et les structures médico-sociales.
Les tâches administratives enfin, certificats, arrêts de travail,
protocoles de soins, dossiers d'affection de longue durée, qui pèsent
réellement sur la charge de travail.
Quatre cadres dominent, et le choix entre eux détermine presque tout.
Le cabinet libéral, seul ou en groupe. Le praticien est son propre
employeur, perçoit des honoraires et supporte ses charges. Il organise son
temps librement, ce qui est l'attrait principal, et assume la gestion, ce qui
en est la contrepartie.
La maison de santé pluriprofessionnelle garde l'exercice libéral mais
l'inscrit dans un projet de santé commun avec d'autres professionnels. Les
charges et l'organisation sont partagées, l'isolement disparaît.
Le centre de santé salarie ses médecins. Pas d'investissement de départ,
pas de charges professionnelles, un revenu connu à l'avance, mais une
organisation collective à laquelle il faut adhérer.
L'exercice hospitalier, dans les services d'accueil des urgences, les
services de gériatrie ou les équipes mobiles, reste une voie moins connue mais
réelle.
L'exercice mixte, une part salariée et une part libérale, est fréquent et
souvent sous-estimé par ceux qui débutent.
La compétence clinique est supposée acquise à la sortie de l'internat. Ce qui
distingue les praticiens sur la durée relève d'autre chose.
La tolérance à l'incertitude est probablement la première. Le généraliste
décide souvent sans examen complémentaire, sur un faisceau d'arguments, et doit
assumer de revoir le patient plutôt que de tout explorer d'emblée.
La capacité à dire non vient ensuite : refuser une prescription
inappropriée, un arrêt injustifié, un examen inutile, tout en préservant la
relation.
L'organisation conditionne la tenabilité de l'exercice. Un cabinet mal
organisé produit des journées de douze heures pour le même nombre de patients
qu'un cabinet bien tenu.
La formation continue est une obligation, et une nécessité : les
recommandations évoluent vite, particulièrement sur les maladies chroniques.
Le métier offre plus de bifurcations qu'on ne le croit.
Les diplômes complémentaires permettent d'orienter la pratique :
gynécologie médicale, pédiatrie, gériatrie, médecine du sport, urgences,
échographie, addictologie.
La médecine du travail, la médecine scolaire et la protection maternelle et
infantile ouvrent des exercices salariés aux horaires prévisibles.
La coordination de maison de santé, de centre de santé ou de communauté
professionnelle territoriale offre une dimension de pilotage à ceux qui la
recherchent.
L'enseignement et la recherche, comme maître de stage universitaire ou
chef de clinique, permettent de transmettre tout en gardant une activité
clinique.
La démographie joue en faveur des praticiens : dans la plus grande partie du
territoire, la demande excède l'offre, ce qui donne une latitude de négociation
rare dans les autres professions.
Elle dépend entièrement du cadre d'exercice, et les comparaisons brutes entre
statuts n'ont pas de sens.
En libéral, le revenu vient des honoraires, desquels se déduisent les
charges : loyer, secrétariat, matériel, cotisations sociales et retraite,
assurance. Le niveau dépend du volume d'activité, du secteur conventionnel et
de la structure de charges. Deux praticiens au même chiffre d'affaires peuvent
avoir des revenus nets très différents.
En salariat, la rémunération est fixée par la convention collective
applicable à la structure ou par la grille de la fonction publique
hospitalière. Elle est prévisible, avec une progression à l'ancienneté, et
inclut la protection sociale du salariat.
Les dispositifs conventionnels peuvent s'ajouter : forfaits liés à la
patientèle médecin traitant, rémunération sur objectifs de santé publique,
aides à l'installation en zone sous-dotée. Leur montant dépend du zonage exact
de la commune et se vérifie auprès de l'Agence régionale de santé et de la
caisse d'assurance maladie.
Le point à retenir pour qui compare deux propositions : demandez le revenu net
après charges en libéral, et la grille complète avec ancienneté reprise en
salariat. Les chiffres bruts ne se comparent pas.